Déchets nucléaire : la solution Cigéo

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Après des décennies de production électrique à partir du nucléaire, personne ne sait réellement que faire des déchets qui s’accumulent. En France, Cigéo est considérée comme la seule solution viable par les autorités et devrait être construit après 2022. Mais ce projet divise. Et si des alternatives existent, aucune ne fait consensus.

C’est dans le petit village de Bure, situé aux confins des départements de la Meuse et de la Haute-Marne, qu’un projet colossal est sur le point de démarrer. Porté par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) et destiné à abriter des déchets nucléaires, le Centre industriel de stockage géologique, plus connu sous son acronyme Cigéo, devrait être lancé dès l’obtention du décret d’autorisation de création prévue vers 2022. L’année prochaine, l’Andra déposera une demande en ce sens. Le chantier pharaonique pourra alors concrètement débuter. Et il promet d’être long et complexe. Ce site de l’Est de la France a été choisi pour stocker 85 000 m3 de déchets de haute activité (HA) et de moyenne activité à vie longue (MA-VL), nocifs pendant des centaines de milliers d’années, issus du secteur de l’industrie électronucléaire et des activités liées à la force de dissuasion et à la propulsion navale menées par le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA). Il renfermera les déchets français déjà produits et ceux qui seront générés par les installations nucléaires existantes ou autorisées (l’EPR de Flamanville), entreposés dans des bâtiments sur leurs sites de production à La Hague, Marcoule, Cadarache et Valduc. La construction de nouvelles centrales nécessiterait un nouveau site.

  • Trois voies possibles, une seule retenue

Il aura fallu 25 ans pour retenir le principe du stockage géologique. En 1991, le Parlement a voté la loi du 30 décembre 1991 dite “loi Bataille”. Elle a fixé les recherches à mener sur la gestion des déchets les plus radioactifs. Trois axes ont été retenus : la séparation-transmutation, l’entreposage de longue durée et le stockage géologique profond. Très rapidement, les deux premières ont été abandonnées après un avis publié le 1er février 2006 par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Elle estime que «la faisabilité technologique de la séparation et de la transmutation n’est pas acquise à ce jour. Même en cas de mise en œuvre d’une telle solution, l’élimination des déchets radioactifs de haute activité et à vie longue ne sera pas totale. Une autre solution de référence est nécessaire.» Et concernant l’entreposage, elle considère qu’il «ne peut pas constituer une solution définitive pour la gestion des déchets radioactifs de haute activité à vie longue.» Ne reste alors que la possibilité de stocker en profondeur, «une solution de gestion définitive qui apparaît incontournable», selon l’avis de l’ASN. La loi de programme du 28 juin 2006 relative à la gestion durable des matières et déchets radioactifs entérine le principe du stockage en formation géologique profonde de faible perméabilité comme solution de référence pour «l’évacuation définitive» des déchets radioactifs de haute activité et à vie longue. Ce parti-pris ne fait pas l’unanimité. «Il est inadmissible que depuis le début, les autorités aient considéré qu’il n’y a qu’une seule solution possible alors que la loi de 1991 disait qu’il fallait poursuivre les recherches sur les trois voies», regrette Bernard Laponche, physicien et cofondateur de Global Chance. L’Association nationale des comités et commissions locales d’information (Anccli) déplore aussi cette préférence : «Des trois axes de recherche […], l’enfouissement est celui qui a été le plus développé. Les recherches, au départ prévues sur deux types de formations géologiques, argile et granite, ne portent finalement que sur l’argile.» Et «il est certain que n’avoir pu tester que l’argile réduit les possibilités», poursuit l’Anccli (1). Une fois le principe d’un stockage souterrain dans des couches argileuses acté, le site de Cigéo a été retenu pour ses particularités géologiques...

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Lire la suite dans Energie Plus 610 du 15 juillet 2018 

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