Coopération énergétique franco-allemande pour la transition : le défi de l’intermittence

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Alors que se tient le débat sénatorial sur le climat et l’énergie en Europe, Jean Bizet (UMP–Manche) a fait part des recommandations de la commission des affaires européennes du Sénat sur la coopération énergétique franco-allemande ce 21 mai. Il ressort des conclusions rendues que, d’une part, «une politique énergétique européenne est indispensable» pour la transition énergétique des deux pays, mais que cette dernière ne pourra pas se faire sans la filière électro-nucléaire.

La commission estime en effet que la nécessité d’une coopération énergétique franco-allemande «trouve sa source dans les effets délétères de l’intermittence», relevant que la facture annuelle pour le soutien aux EnR et la sortie du nucléaire outre-Rhin a atteint 24 milliards d’euros en 2012. Selon le rapport, les énergies renouvelables, à cause de leur intermittence, nécessitent un surinvestissement en capacité («Pour obtenir une quantité d’électricité donnée, il faut créer une capacité trois fois plus importante pour l’éolien en mer, quatre fois plus grande pour l’éolien terrestre et huit fois plus en photovoltaïque», peut-on lire), les surplus d’électricité produits déstabilisent les réseaux européens ainsi que les marchés électriques de gros, et donc des énergéticiens traditionnels. «L’intermittence peut compromettre la viabilité d’entreprises énergétiques, a constaté le sénateur rapporteur. Pour réussir la transition énergétique, il ne faut pas qu'elle soit déconnectée du marché.» En l’état actuel des choses, des montants de la transition énergétique et des coûts de l’électricité pour les ménages, selon Jean Bizet, «la transition énergétique ne peut être entièrement basée sur les énergies renouvelables […] Sans noyau dur nucléaire, la transition ne pourra pas se faire».

Partant de ce constat, la commission a identifié des leviers pour une transition énergétique réussie et commune : l’énergie renouvelable à la demande et un financement d’investissements judicieux. Afin de concilier intermittence et demande, le rapport mise sur le développement des réseaux intelligents : «Ces dispositifs permettent de caler partiellement la consommation finale sur la production» et «utiliseront également les capacités diffuses de stockage, souvent inutilisées aujourd’hui.» Par ailleurs, il faudra penser le stockage de l’énergie à diverses échelles, notamment en développant le stockage à grande échelle sous forme gazeuse, soit sous forme d’hydrogène, soit sous forme de méthane : «L’Europe de l’énergie doit donc impérativement devenir toujours plus celle du stockage diffus complété par un stockage à grande échelle de l’électricité produite en excès par la suite de la météo.» Enfin, du côté des investissements, il faudra investir dans des techniques matures et cohérentes, qui délivrent l’énergie dans des conditions satisfaisantes et à des prix compatibles avec les marchés de gros. Le rapport estime qu’en Europe, l’éolien terrestre est la seule énergie intermittente mature dans les conditions actuelles, donc sans stockage. Pour cela, dans le cadre des perspectives que la coopération franco-allemande ouvre pour l’émergence d’une véritable politique énergétique européenne, Jean Bizet a déclaré que cette coopération nécessitera impérativement une cohérence technique des équipements entre les deux pays, et donc un rapprochement essentiellement en matière de recherche et de développement. Le rapport conclut que le rapprochement déjà opéré entre la France et l’Allemagne préfigure la coopération renforcée dont l’Union européenne a besoin pour atteindre trois objectifs – réseaux et solidarité, respect des objectifs environnementaux et sécurité d’approvisionnement – «encore incessibles aujourd’hui»

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