Édito : Manœuvres financières pour le nucléaire

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Édito du rédacteur en chef : Manœuvres financières pour le nucléaireAlors que l’association négaWatt a réactualisé son scénario de transition énergétique (voir l’article page 14), la filière électro-nucléaire française recompose son portefeuille. D’un côté le scénario nW montre comment l’avenir énergétique de notre pays peut être organisé sans fossiles ni nucléaire, et comment la division par deux de nos consommations d’énergie finale – satisfaites alors par des sources renouvelables – est la seule voie pour arriver à une France neutre en carbone en 2050. De l’autre côté, l’État actionnaire tente de sauver Areva tout en veillant à ce qu’EDF ne soit pas trop en difficulté. Un exercice d’équilibriste… Le plan de restructuration d’Areva validé par la Commission européenne* mi-janvier a été entériné lors de l’assemblée générale du groupe début février. Deux japonais, MHI et JNFL, vont entrer ainsi au capital d’Areva (dont une partie a été rebaptisée NewCo) à hauteur de 250 millions d’euros chacun. Le chinois CNNC devait également monter au capital mais aurait abandonné face au refus de l’État de lui donner un siège au conseil d’administration. L’État apportera donc 4,5 milliards €. À cela s’ajoute qu’il s’est engagé à assurer la liquidité d’Areva en lui accordant 3,3 Md€. La facture s’alourdit donc grandement puisque le gouvernement, généreux, a également promis d’apporter de 3 à 4 Md€ à EDF pour l’aider à passer le mur de ses investissements.

Soit un total d’environ 12 Md€ pour sauver les meubles nucléaires, quand la CSPE n’a coûté “que” 4 Md€ en 2015 pour soutenir les filières dynamiques des EnR. Où trouver l’argent ? L’État a pour l’instant usé de deux moyens. Il a récemment, cédé 3,7 % du capital d’Engie, ce qui lui rapporte autour de 1,1 Md€. D’autres cessions hors du secteur de l’énergie pourraient être envisagées. Mi-décembre, EDF a été aussi autorisé à céder la moitié du capital de RTE à la Caisse des dépôts et CNP Assurances, soit potentiellement plus de 4 milliards € à venir dans les caisses de l’électricien. Ce transfert est à confirmer d’ici le milieu de l’année. Face à ces grandes manœuvres financières n’assurant d’ailleurs pas réellement l’avenir d’Areva et EDF, l’opinion du grand public et des politiques se tournera-t-il vers l’option négaWatt ? Une première étape sera déjà de respecter l’objectif de la loi de transition énergétique de n’avoir que 50 % d’électricité nucléaire dans le mix…

* À deux conditions : la Commission doit approuver l’opération de concentration entre EDF et Areva NP ; EDF doit prouver que la cuve de l’EPR fonctionnera bien malgré le problème de ségrégation carbone.

Article paru dans Energie Plus n°580 du 15 février 2017

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