Les énergies renouvelables, clé de la croissance en Afrique ?

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Les 54 pays du continent africain regorgent d’un grand potentiel de développement énergétique, qui pourrait reposer sur l’exploitation des énergies renouvelables. Malgré de nombreux freins, l’électrification de l’Afrique, nécessaire à sa croissance économique et sociale, est en marche. Elle s’appuie sur des projets de grandes envergures comme sur des initiatives à plus petites échelles, pour former le plus rapidement possible un maillage connecté et équilibré.

Le pionnier de l’électricité Thomas Edison voulait, en 1887, rendre celle-ci «si bon marché que seuls les riches [pourraient] se payer le luxe d’utiliser des bougies.» Son ambition s’est malheureusement arrêtée aux frontières des pays émergents ou en développement, dont celles de l’Afrique. Aujourd’hui, ce continent représente seulement 3 % de la demande d’énergie primaire tout en accueillant 15 % de la population mondiale. 650 millions d’Africains n’ont pas accès à l’électricité, et ainsi que l’a souligné Jean-Louis Borloo, en préface d’une étude menée par l’Adea-Energy for Africa (1) : «D’ici 30 ans, [le continent] comptera 1 milliard de nouveaux habitants, ce boom démographique sans précédent […] s’avère être une formidable chance mais également un incroyable défi. […] On estime à ce jour que si l’ensemble des projets et avant-projets existants étaient mis en œuvre, l’Afrique pourrait être électrifiée à 80 % d’ici 10 ans. Ces projets sont connus et identifiés mais la plupart d’entre eux connaissent un problème de soutenabilité financière et de bancabilité

Accès à l’eau, à la santé, à l’éducation, à l’emploi, à l’amélioration des conditions de vie : le défi de l’électrification du continent est une condition préalable à sa croissance économique et sociale. Les initiatives y sont nombreuses mais éparses et doivent s’adapter à des contextes différents. Il existe une fracture énergétique sur le plan régional (grossièrement une fracture nord/sud) et une fracture au sein des pays, entre les villes et les zones rurales. L’Association pour le développement de l’énergie en Afrique (Adea – Energy for Africa) relève ainsi que le taux de desserte en électricité est proche de 100 % en Afrique du Nord, mais de 32 % en Afrique subsaharienne, et que l’électrification en zone rurale est inférieure à 5 % dans plus d’une vingtaine de pays de cette région. La situation énergétique y est paradoxale puisque l’électricité produite est chère, face à un pouvoir d’achat très bas, véritable handicap pour sa consommation. La situation économique des compagnies électriques africaines en est souvent précaire: «Dans nombre de pays de taille moyenne, la capacité installée ne dépasse pas 500 ou 1 000 MW, indique l’étude de l’Adea. Il est donc difficile de construire des unités de grande taille qui pourraient faire jouer les économies d’échelle. En outre, ces installations utilisent souvent des produits pétroliers très coûteux car ils sont les plus faciles d’utilisation et souvent la seule ressource disponible. C’est pourquoi le prix du kilowattheure est deux fois plus cher en Afrique (0,12 $/kWh) que dans les autres pays en développement.» S’y ajoutent la vétusté des installations, et de fréquents délestages en zone urbaine par tranche horaires et par quartiers.

Le continent ne manque pas de ressources fossiles : il recèle près de 10 % des réserves mondiales de pétrole, mais qui sont majoritairement exportées ; le charbon se trouve en quantité au Zimbabwe ou encore en Afrique du Sud, qui produit annuellement 250 millions de tonnes, dont les deux tiers sont consommés pour produire de l’électricité. Le gaz naturel est abondant en Afrique du Nord (Algérie, Égypte, Libye), en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. Ces ressources demeurent des modes conventionnels d’alimentation en électricité auxquels les pays émergents et en développement pourraient faire appel, mais l’enjeu, d’autant plus dans le cadre des engagements internationaux post-Cop 21, est plutôt d’éviter qu’ils ne se dotent de centrales à charbon au détriment de moyens de production à partir de renouvelables.

Les EnR présentent d’intéressantes perspectives, en termes de potentiel mais aussi car il existe des solutions techniques adaptables en milieu urbain – centrales de production, extension/rénovation de réseaux – et en milieu rural – mini-réseaux, kiosques énergétiques, solutions autonomes solaires, etc. Toutefois il faut garder à l’esprit que, même si des efforts techniques sont faits dans ce sens, le processus d’électrification reste lent, compte tenu entre autres des investissements nécessaires estimés de 35 à 45 milliards de dollars par an pour la seule Afrique subsaharienne (2).

  • EnR : des potentiels importants sous-exploités

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Lire la suite dans Energie Plus 576 du 1er décembre 2016

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