Entretien avec Jean-Louis Bal, président du SER

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Entretien avec Jean-Louis Bal, président du Syndicat des énergies renouvelables : « La France est en train de dévier de la bonne trajectoire »

Au mois de janvier, le Syndicat des énergies renouvelables (SER) a publié un livre blanc des EnR qui a été adressé aux candidats à l’élection présidentielle. Jean-Louis Bal, président du SER, détaille les propositions de son organisation et regrette la place marginale réservée à la transition énergétique pendant la campagne.

Energie Plus : Le SER a publié en janvier un nouveau livre blanc, qu’est ce qui a évolué depuis cinq ans ?
Jean-Louis Bal
: Nous avons assisté à une véritable révolution économique des énergies renouvelables, particulièrement sur l’électricité. C’est surtout l’éolien et le solaire photovoltaïque qui en ont profité. Les progressions sur les coûts de ces technologies ont été tout à fait remarquables. Sur le PV, les coûts ont diminué d’environ 80 % en cinq ans. Cela entraine un fort développement des EnR dans le monde qui n’est pas dû à des politiques incitatives mais à leur compétitivité. En France, nous constatons qu’il y a eu des mesures de simplification du cadre réglementaire, particulièrement sur l’éolien, qui ont permis d’accélérer cet essor. Cela faisait partie de nos revendications. Enfin, après la publication de notre récent livre blanc* est parue l’autorisation environnementale unique (NDLR : voir Energie Plus n°578). La conséquence de ces simplifications, nous avons pu la mesurer sur le développement de l’éolien terrestre qui a atteint l’année dernière 1 345 MW en capacité raccordée, soit le record d’installation en France en un an.

La France est donc sur la bonne voie ?
J.-L. B
. : Pas tout à fait. Le pays a des objectifs de 23 % d’EnR en 2020 et de 32 % en 2030. Il aurait fallu atteindre 17 % en 2015 mais la France n’a pas dépassé les 15 %. Elle est en train de dévier de la bonne trajectoire. Elle ne sera pas redressée suffisamment pour atteindre le but fixé pour 2020. Par contre, c’est encore possible pour 2030. À condition que ces objectifs ne soient pas remis en cause.

Pourquoi les EnR peinent à se développer en France ?
J.-L. B.
: Le blocage n’est pas seulement français. Il est aussi européen. Contrairement aux pays émergents, nous ne bénéficions pas d’une croissance de la demande électrique et cela freine le développement de nouvelles sources. Les progrès dans l’efficacité énergétique jouent aussi. Mais à l’avenir, l’apparition de nouveaux usages comme les véhicules électriques ou les pompes à chaleur devraient probablement contrebalancer cette tendance.

Que faire pour accélérer la transition énergétique ?
J.-L. B
. : Le gouvernement à venir ne doit pas remettre en cause les trajectoires qui ont été décidées dans la loi de transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) et dans la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Il devra aussi développer beaucoup plus la chaleur renouvelable. Le Fonds Chaleur est pour cela un très bon instrument : il fonctionne très bien mais a un portefeuille de projets qui est largement supérieur au budget disponible. Nous proposons donc de le renforcer. Il avait été annoncé qu’il fallait le doubler pour respecter les objectifs de chaleur renouvelable mais ce n’est toujours pas fait. Nous demandons qu’il soit doublé progressivement sur trois ans. Parallèlement, il faudra renforcer les prix du carbone. En France, il est nécessaire de confirmer la trajectoire de la contribution climat énergie qui s’adresse aux consommateurs non soumis à l’ETS. Actuellement à 30,5 € la tonne de CO2, elle sera de 56 € en 2020 et de 100 € en 2030. Cela donne de la visibilité aux consommateurs. Quelles que soient les variations de prix des combustibles fossiles, cela ne peut que les inciter à investir dans les EnR. Au niveau européen, le système ETS a abouti à un prix sur les émissions de CO2 compris entre 4 € et 5 € la tonne de CO2. Il faut le réformer.

Le gouvernement français défend la mise en place d’un corridor de prix pour le carbone. Soutenez-vous cette proposition ?
J.-L. B.

(...)

Lire la suite dans Energie Plus 581 du 1er mars 2017

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