Edito : Des candidats aux idées contrastées

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Edito du rédacteur en chef : Des candidats aux idées contrastées

La dernière ligne droite pour l’élection présidentielle est lancée. Le 23 avril et le 7 mai, les Français éliront une nouvelle personne à la plus haute fonction du pouvoir exécutif, parmi onze candidats. De manière inhabituelle, le choix du futur chef de l’Etat a été perturbé depuis plusieurs mois par des primaires aux résultats inattendus et par des affaires de mise en examen. Les conditions sont ainsi peu propices à des débats de fond, polluées par un climat de suspicion et des difficultés des deux partis habituellement majoritaires à trouver une cohésion interne.

Le sujet de l’énergie pâtit, comme d’autres, de ce contexte. Dans les grands débats télévisés il n’a été signalé sur quasiment aucun radar. On est bien loin de l’élection de 2007 où le pacte écologique de Nicolas Hulot avait mobilisé les candidats de l’époque sur les sujets environnementaux ; voire même de celle de 2012 où quelques promesses de François Hollande suscitaient intérêt ou controverse.

Néanmoins, même s’ils n’en parlent pas toujours, les principaux candidats de cette année ont bien intégré la dimension “énergie” dans leur programme. La loi de transition énergétique pour la croissance verte est passée par là et elle constitue aujourd’hui le référentiel à partir duquel chacun peut se positionner. Energie Plus a donc demandé aux cinq principaux candidats de se prononcer sur plusieurs aspects de cette transition : la politique climatique, les économies d’énergies, les énergies renouvelables, et les aspects sociétaux (la liste complète des questions est en page 10). Ils n’ont pas toujours détaillés tous les aspects que nous évoquions mais cela permet quand même de clarifier leurs positions. D’autant plus qu’ils ont joué le jeu de répondre à un QCM sur des points précis que vous trouverez en pages 16-17 du numéro 584 d'Energie Plus.

Tout à gauche de l’échiquier politique, Jean-Luc Mélenchon opte pour une vision calée sur le scénario négaWatt, auquel il ajoute une forte dose de service public. L’énergie y est vue comme un bien commun et non pas une marchandise, d’où des nationalisations et une « planification écologique » en vue. Il faudra bien ça pour se passer du parc nucléaire et le candidat de la France insoumise insiste sur l’idée de contrats de plan avec les collectivités pour développer des solutions et assurer les reconversions d’emplois.

Toujours à gauche, le représentant du Parti socialiste, Benoît Hamon s’appuie sur la transition écologique comme « fil directeur de [son] projet de société ». S’il ne cite pas négaWatt, l’ex-frondeur s’en inspire avec du 100 % EnR en 2050 et un grand plan de rénovation énergétique des bâtiments. Le mot “sobriété“ trouve plusieurs fois sa place dans son discours avec “efficacité” et c’est certainement une première lors d’une élection. Le développement du biométhane carburant est aussi clairement affiché par celui qui veut « faire battre le cœur de la France ».

Emmanuel Macron, l’autre ancien ministre de François Hollande, a été pointé du doigt pour son manque de programme, mais de nombreux aspects sont pourtant bien détaillés. Plus modéré que les deux précédents candidats sur les objectifs de la transition (part de 50 % du nucléaire dans la consommation d’électricité à l’horizon 2025, 32 % d’EnR en 2030), il a tout de même prévu de consacrer 15 des 50 Md€ de son plan de relance à celle-ci. On notera aussi le souhait du leader d’En Marche de doubler les capacités éolienne et solaire le temps du mandat présidentiel.

A droite, François Fillon appuie l’idée d’un renforcement de la vie démocratique locale pour passer à une écologie de projet, et veut promouvoir une « nouvelle liberté énergétique » pour les individus qui doivent avoir les moyens de réduire leur facture ou leur impact environnemental. Le candidat du parti Les Républicains opte néanmoins pour le rôle de l’État sur certaines questions (appel d’offres EnR, modernisation du nucléaire). Il souhaite agir autant sur le transport que le bâtiment pour réaliser des économies d’énergie.

Enfin, à l’extrême droite, le camp du Front National veut faire de la France un leader de la transition énergétique avec l’objectif premier de se passer d’énergies fossiles. Marine Le Pen compte beaucoup sur le volontarisme national (par exemple développer les EnR avec des équipements produits sur le sol français) et vise, comme beaucoup de candidats, la rénovation du parc de bâtiments grâce au soutien financier de la Banque de France. Elle compte aussi beaucoup sur la filière hydrogène / électrolyse de l’eau. Férue d’un État stratège, elle ne souhaite pas renforcer le rôle des régions.

Parmi les autres candidats que nous n’avons pas consultés, l’énergie et l’environnement ne sont pas oubliés. On retiendra par exemple la proposition de François Asselineau de créer une taxe verte à l’importation, ou bien celle de Philippe Poutou de mettre en place un service public unifié de l’énergie pour aller vers des productions décentralisées (avec fermeture immédiate de toutes les centrales nucléaires de plus de 30 ans). A l’inverse, Nicolas Dupont-Aignan, tout en souhaitant développer la biomasse, le biogaz et le solaire thermique pour remplacer les énergies fossiles, vise avant tout le renforcement de la filière nucléaire et de l’usage de l’électricité. Jacques Cheminade n’est pas en reste car il veut supprimer les subventions aux EnR et s’appuyer sur toutes les technologies nucléaires possibles (grand carénage du parc existant, EPR puis Génération IV, réacteur à neutrons rapides, fusion). On le voit, globalement, les positions sont contrastées même si des idées sont parfois partagées. Aux urnes maintenant.

Article paru dans Energie Plus 584 du 15 avril 2017

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