Transition énergétique : les réponses de François Fillon (Les Républicains)

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Présidentielle et transition énergétique : les réponses de François Fillon (Les Républicains)

  • Thème n°1 – Politique climatique

Nous devons regarder la vérité en face : nous faisons déjà face aux premiers effets des dérèglements climatiques. D’après l’Organisation météorologique mondiale, 2016 a été l’année la plus chaude de l’histoire moderne, avec une température moyenne 1,1°C plus élevée par rapport à l’époque préindustrielle. Face à cette urgence qui nous concerne tous, les accords de Paris lors de la COP 21 ont été un succès. Je me réjouis de leur entrée en vigueur rapide. Je veillerai à ce qu’ils soient mis en œuvre et appliqués par tous.
La France sera d’autant plus crédible à l’international en matière d’environnement qu’elle sera exemplaire en ses frontières. Nous redonnerons une véritable impulsion à la lutte contre le changement climatique, qui ne se limite pas à la promotion des énergies renouvelables électriques. Nous serons beaucoup plus concrets et pragmatiques que le gouvernement socialiste. Nous ciblerons en priorité notre action sur les transports et les logements, qui sont les premières sources d’émissions en France. Nous mettrons également en place un prix plancher de la tonne de carbone à 30 €/t pour la production électrique en France, qui permettra d’enclencher la sortie du charbon dans la production d’électricité dès juin 2017.
Je vois ces actions nationales comme un préalable à une nouvelle Europe de l’énergie, où il faudra tout d’abord redresser le prix du carbone, avec un objectif de 30 € la tonne. Afin d’éviter que cette hausse du prix du CO2 en Europe pénalise la compétitivité de notre industrie, je soutiendrai, en parallèle, des baisses d’impôts et de charges pour les ménages et les entreprises concernés.

  • Thème n°2 – Réduction des consommations d’énergie

Il est indispensable d'amplifier notre politique d’économies d’énergie et de rendre du pouvoir d’achat aux Français. Mes propositions concernent d’abord le transport. J’entends poursuivre l’équipement des villes en transports urbains et préserver pour cela le versement transport. En 2016, la France a été le pays d'Europe aux ventes de véhicules électriques les plus élevées. Nous amplifierons le développement de ce mode de transport, tout en préparant l'avenir en expérimentant les véhicules autonomes du futur. Enfin, nous mettrons les moyens nécessaires pour que le transport de marchandises privilégie le fret massifié. Ces quatre actions – transports de proximité, véhicule électrique, véhicule autonome, transport de marchandises – nous permettrons d’immenses économies d’énergie et une lutte plus efficace contre les émissions de gaz à effet de serre, qui est ma priorité en matière énergétique.
Il ne s’agit pas, pour autant, du seul gisement d’économies. Dans le domaine du chauffage des bâtiments, la priorité doit être la lutte contre la pollution et la diminution de la facture des Français. Il faut rationaliser les dispositifs existants, notamment le crédit d'impôt pour la transition énergétique, et faire davantage porter les efforts sur les logements les plus énergivores. Il faut mettre un terme à la situation actuelle qui fait que 4 millions de logements sont en classe G, la majorité de ces logements faisant partie du parc social alors que le crédit d’impôt pour la transition énergétique n’est accessible qu’aux propriétaires occupants. En résumé, les objectifs énergétiques ne sont pas assez ambitieux pour le parc social et ce crédit d’impôt doit fortement évoluer.
Enfin, vous m'interrogez sur le dispositif des certificats d’économies d’énergie. Nous évaluerons l’efficacité de ce mécanisme. Après ce bilan, nous pourrons au besoin augmenter la quantité de certificats visant les populations précaires qui doivent être aidées. Mais cette évolution sera à considérer dans le cadre d’une évolution de la réglementation thermique 2012, de manière à rééquilibrer, dans la construction de logements, le biais actuel défavorable au chauffage électrique.

  • Thème n°3 – Croissance des énergies renouvelables

Contrairement au gouvernement actuel ou à l’un de mes opposants ayant été à Bercy et qui s’inscrit en héritier de François Hollande sur ce sujet comme sur les autres, je ne conçois pas l’énergie nucléaire et les énergies renouvelables compétitives comme deux sources d’énergies opposées. Ce sont des moyens de production complémentaires, tous deux compatibles avec nos objectifs environnementaux. Je moderniserai le parc nucléaire pour en prolonger la durée d’exploitation en veillant à une sécurité et une sureté maximales de nos installations sous le contrôle de l’Autorité de sûreté nucléaire. Cette prolongation pourra me conduire à revoir l’objectif des 50 % de nucléaire, même si j’attache une importance toute relative à ce chiffre, qui relève plus de la communication politique que du bon sens énergétique. Je veux affranchir le débat énergétique de l’idéologie dont il s’est imprégné, et faire prévaloir la raison environnementale et économique sur le dogmatisme et la volonté planificatrice de la part de l’Etat.
Je perçois d’autre part les fantastiques progrès des énergies renouvelables, avec par exemple les derniers appels d'offres solaires qui ont débouché sur des prix moyens très compétitifs de 62 €/MWh.
Dans ce contexte, le premier enjeu est de ne pas se précipiter pour ne pas déstabiliser les promesses des filières renouvelables. Toutefois, les entreprises doivent aussi être conscientes que le rôle de l’État est de donner de la visibilité aux entreprises mais pas d'intervenir à leur place. À ce titre, je veux recourir au maximum aux appels d'offres organisés par l'État plutôt qu’à l’obligation d’achat. Nous essaierons également, à travers ces outils, de déployer des écosystèmes autour des filières industrielles françaises des énergies renouvelables, par exemple dans la digitalisation de l'énergie.
Enfin, j’encouragerai l’autoconsommation de l’énergie. Je veux que les porteurs de projets puissent consommer leur énergie sur place. C’est ma conception de la nouvelle liberté énergétique que je veux promouvoir, qui conduira à un système énergétique plus libre où chacun pourra agir pour diminuer sa facture ou son impact environnemental. Nous devons améliorer l’utilisation de nos ressources naturelles renouvelables qui existent sur notre territoire. Sur un autre plan, je suis favorable à ce que l’État engage une politique volontariste auprès des exploitants agricoles afin de les accompagner dans la valorisation de leurs déchets à travers la production de biométhane, car le potentiel des énergies renouvelables ne se limite pas à l’électricité.

  • Thème n°4 – Transition et dynamique sociale

Je propose un nouveau partenariat entre l’État et les collectivités locales parce qu’elles sont à l’initiative sur les projets relatifs à la transition énergétique. L’État incitera les villes qui n’en sont pas encore dotées à concevoir une feuille de route dans laquelle toutes les actions favorables à l’environnement seront exposées, notamment en matière d’urbanisme, de politique de transport et de chauffage urbain. Les collectivités doivent pouvoir mener leur propre stratégie énergétique, et non pas subir un urbanisme débridé ou des transports congestionnés.
Je souhaite que sous mon quinquennat la vie démocratique locale soit renforcée car seule la participation citoyenne nous permettra de passer à une écologie de projet. Pour cela, il est nécessaire d’associer les collectivités locales mais également la société civile, trop souvent oubliée, aux décisions environnementales. Oui à une vraie démocratie locale et non au spectacle affligeant des allers-retours sur l’aéroport Notre-Dame-des-Landes.
La protection de l’environnement et le développement économique ne sont pas contradictoires. La France doit continuer à être un pôle mondial d’influence diplomatique, scientifique et industrielle dans la transition énergétique. Il faut accompagner le secteur privé pour créer les emplois de demain. Nous devons maîtriser le stockage de l’électricité mais aussi accompagner nos constructeurs dans la production de véhicules électriques et autonomes et dans l’installation sur tout le territoire national de bornes de recharge. La France peut devenir la championne du digital au service de l’environnement.
D’ailleurs, dans la mesure où je fais de l’encouragement de l’autoconsommation un de mes axes prioritaires, il sera tout à fait logique que je consacre un fort volet de mon action énergétique aux outils dits “smart”, soit intelligents. Ils sont nécessaires à la maîtrise par chaque foyer de sa consommation énergie. Je veux un système énergétique moins polluant, où chaque acteur a conscience de son impact et peut intervenir pour aider à lutter contre le réchauffement climatique, principal défi de notre temps.
 

Article paru dans Energie Plus 584 du 15 avril 2017

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