Transition énergétique : les réponses de Marine Le Pen (Front National)

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Présidentielle et transition énergétique : les réponses de Marine Le Pen (Front National)

  • Thème n°1 – Politique climatique

La COP 21 est une instance très utile de discussion et de coopération mais ce n’est rien de plus. Ainsi, ce sera au peuple français d’investir, de travailler, de mettre en place la transition énergétique en France, pas à la COP 21. Ne confondons pas discussion et action.
Effectivement, Donald Trump semble ne pas croire au réchauffement climatique et n’utilisera pas les moyens de l’État américain pour faire avancer la transition énergétique et écologique aux États-Unis. C’est dommage mais c’est le choix du peuple américain.
Il faut noter que tout est là pour réaliser la transition énergétique aujourd’hui : le prix des ENR est équivalent voire parfois inférieur à celui des énergies classiques, toutes les solutions techniques comme la pile à combustible, la fabrication d’hydrogène à partir d’électricité permettent de faire la transition énergétique dans d’excellentes conditions économiques. Il ne manque que le volontarisme politique et l’utilisation des immenses moyens des banques centrales pour aider l’investissement à taux bas des sommes nécessaires pour se passer des énergies fossiles. La transition énergétique requerra en France environ 1 600 milliards d’euros d’investissement : c’est une politique de long terme qui nécessite un partenariat entre l’État, la Banque de France et les entreprises privées. Soyons clairs et honnêtes, la transition énergétique est hors de portée des seuls acteurs privés. Je suis en revanche très optimiste : en 20 à 30 ans, la France peut se passer presque complètement de toutes les énergies fossiles et en finir avec les émissions de CO2. Cela signifie que le réchauffement climatique n’est absolument pas une fatalité.
Par ailleurs, nous n’avons pas cette illusion de croire que nous serions capables d’influencer d’autres États sur leurs propres engagements environnementaux, ou légitimes à le faire. Si la France s’engage à fond dans sa transition énergétique et réussit, en créant des emplois et de la prospérité, d’autres pays s’y engageront aussi car toutes les opinions publiques des pays développés sont favorables à la fin des énergies fossiles. L’exemplarité et la capillarité seront les moteurs de cette révolution énergétique.
Vous avez compris que nous voulons que la France soit un leader de la transition énergétique. Nous avons tout à y gagner : des emplois, moins de pollution, la légitime fierté de mener ce juste combat. Des coopérations avec d’autres pays d’Europe seront faites au cas par cas comme pour les projets Airbus et Ariane.
[NDLR : concernant l’émergence d’une réelle Union de l’énergie] Il s’agit de prendre notre part du fardeau et de faire la transition énergétique en France c’est-à-dire se passer de toutes les énergies fossiles. Quand il aura été démontré qu’elle est profitable à tous, il sera beaucoup plus simple de tirer un trait sur le charbon partout. On ne peut forcer une Nation à faire ce qu’elle ne veut pas faire.
[NDLR : pour orienter la Stratégie bas-carbone de la France] Nous nous appuierons sur l’État stratège, sur des taux bas ou zéro de la Banque de France, pour que les nouvelles énergies soient au même prix que les énergies classiques. Le nucléaire sera conservé tant que nous devrons le conserver afin de continuer à bénéficier d’une énergie constante, sans CO2 et à prix bas. La nuit, nos centrales tourneront au régime normal au lieu de tourner à bas régime pour produire de l’hydrogène par électrolyse de l’eau. Les ENR seront développées de façon rapide et de plus en plus massive avec des équipements produits sur le sol français afin que la transition énergétique soit synonyme d’emplois et d’activités et non de déficit commercial.

  • Thème n°2 – Réduction des consommations d’énergie

Afin de lutter contre la précarité énergétique et agir directement sur le pouvoir d’achat des Français, il convient de faire de l’isolation de l’habitat une priorité budgétaire du quinquennat, parce que l’énergie la moins chère est celle que l’on ne consomme pas. Nous nous sommes engagés sur un grand plan national d’isolation. Tous les ménages, toutes les administrations et les entreprises pourront emprunter sur 15/20 ans à 0 % pour isoler leurs bâtiments ou locaux. Les économies d’énergie paieront ainsi les échéances de prêts pour toutes les passoires thermiques isolées. La Banque de France prêtera à -0,25 % aux banques privées pour le montant global des prêts faits à 0 % pour l’isolation.
Dans les transports et l’industrie, nous voulons que sur 20 à 30 ans ces secteurs se passent presque entièrement d’énergies fossiles et utilisent principalement de l’hydrogène couplé à des piles à combustibles et du biogaz. Les prix des technologies hydrogène peuvent être rapidement abaissés au niveau des prix des énergies classiques par une massification des ventes avec l’État stratège.
Nous continuerons peu ou prou la même politique dans le domaine des certificats d’économies d’énergie.
[NDLR : sur l’évolution du Cite bénéficiant aux particuliers] Il nous semble que le meilleur moyen de réaliser massivement l’isolation est l’accession à des prêts à long terme à taux 0. Nous reverrons les crédits d’impôt sur la transition énergétique pour simplifier tous les dispositifs trop complexes.

  • Thème n°3 – Croissance des énergies renouvelables

Il faut développer massivement les filières françaises des énergies renouvelables (solaire, biogaz, bois…) grâce à un protectionnisme intelligent, au patriotisme économique, à l’investissement public et privé et aux commandes d’EDF. Nous ferons monter en puissance les filières françaises de production rapidement grâce à une commande pluriannuelle à prix déterminé. En parallèle, sera développée une filière de production d’hydrogène par électrolyse de l’eau à partir des ENR et des centrales nucléaires (la nuit).
En revanche, nous décréterons un moratoire immédiat sur l’éolien pour faire des études sur la distance minimum aux habitations et pour échanger avec les riverains, dont une partie est vent debout contre ces projets. Il faut leur rassurer sur les dangers sur la santé et leur expliquer que tous les équipements de la transition énergétique seront prioritairement produits localement, sur le sol français et créerons de l’emploi et de la richesse.
[NDLR : Sur les objectifs définis dans la PPE pour 2018 et 2023] Nous ne voulons pas faire un grand chambardement en perturbant les filières existantes. Nous adapterons les objectifs dans cette optique à la marge mais la part d’équipement français devra rapidement progresser.
[NDLR : à propos de l’objectif de la loi de baisser la part du nucléaire à 50 % de la consommation d’électricité] Faire la transition énergétique, c’est se passer des énergies fossiles. Pour faire simple, le nucléaire produira l’électricité de base comme aujourd’hui, les EnR produiront de l’électricité qui sera en grande partie transformée en hydrogène afin d’être stockée. Si nous pouvons nous passer de nucléaire sans peser sur l’économie française, nous le ferons mais la priorité est de se passer des énergies fossiles. En revanche, le nucléaire sera sécurisé par un grand carénage fait dans les meilleures conditions financières.
Enfin, Nous entendons plus valoriser les biomasses locales en mutualisant les installations. L’injection de biogaz directement dans les réseaux sera facilitée et aidée.

  • Thème n°4 – Transition et dynamique sociale

Nous sommes contre le principe de politiques énergétiques régionales. C’est en leur accordant ce type de prérogatives que l’on renforce les régions, alors que nous souhaitons pour notre part une organisation territoriale du pays s’appuyant sur ses trois niveaux historiques : l’État, les départements, et les communes. Ainsi, la transition énergétique et écologique que nous poursuivrons – en l’amplifiant et en la rationalisant – impliquera une recentralisation des décisions, au niveau de l’État stratège, principal décisionnaire. Les communes pourront lancer des initiatives avec leur propre capacité d’emprunt.
Selon nous, une transition énergétique bien menée ne sera pas l’ennemi de l’emploi. À contrario, elle sera, davantage, à la fois vectrice de réindustrialisation de la France et de relocalisation d’un certain nombre d’emplois et d’activités. Je ne suis pas spécialiste de la question de la formation mais ce sujet me semble un problème classique de formation. Nous le planifierons avec le ministère de l’Enseignement et de la Formation.
Pour finir, nous sommes globalement favorables au partage, à la gestion intelligente des consommations, et aux réseaux électriques intelligents s’ils respectent la confidentialité des données privées des clients.

Article paru dans Energie Plus 584 du 15 avril 2017

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