Transition énergétique : les réponses de Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise)

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Présidentielle et transition énergétique : les réponses de Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise) 

  • Thème n°1 - Politique climatique

Depuis la 1ère tenue de la COP à Berlin en 1995, depuis les études du GIEC, nous ne pouvons plus nier la responsabilité de l'activité humaine dans la dégradation du climat. Depuis le tournant du siècle, les observations ont permis de vérifier la justesse de ce savoir. Mais il est certain qu'entre la prise en compte et l'action, il y a un pas que nos pays n'ont pas encore voulu ou pu franchir : la limitation, voire la réduction des émissions de gaz à effet de serre a toujours été sujette à l'approbation unanime des mesures à prendre. Et pour autant, il ne faudrait pas prendre la position absurde et rétrograde de Donald Trump comme excuse pour ne rien mettre en oeuvre…
De ce point de vue, la position de la France doit être d'avancer résolument pour respecter les engagements pris internationalement comme au niveau de l'Europe. Et même si "une majorité de pays" ne voulaient pas tenir compte de leurs engagements, pourquoi faudrait-il s'aligner sur les moins-disant ? Alors oui, la France peut et doit, s'il en est besoin, prendre un leadership en la matière. La position de leader que notre pays peut prendre, c'est par la valeur d'exemple qu'elle le prendra. Parce que nous pensons que la transition énergétique est possible, qu'elle est nécessaire, qu'elle sera bénéfique, que ce soit en termes d'investissements, d'emplois, d'innovations. Et l'une des premières mesures qui devront être prises sera de mettre en place, et dans la constitution de la 6ème République que nous appelons de nos voeux, de la "Règle Verte" : ne pas prélever sur la nature plus que ce qu'elle ne peut reconstituer, et ne pas produire plus que ce que la nature ne peut absorber.
Quant à faire émerger une "Union de l'Energie", qu'il nous soit permis de rappeler que dans l'ensemble des traités européens, le mot "énergie" n'apparaît jamais. Parce que l'énergie, au fil du libéralisme absolu, est devenu un bien marchand. Une réelle Union de l'Energie verra le jour lorsque l'énergie sera considérée comme un bien commun. Et nous nous y emploierons.
Et pour ce qui concerne la "Stratégie bas-carbone", la réponse de la France Insoumise n’est pas l’écriture d’une nouvelle loi, mais dans l'application de la planification écologique, qui fixe des objectifs à moyens et à long terme (comme le recours à 100% d'énergie renouvelables en 2050) et se donne les moyens d'y parvenir.

 

  • Thème n°2 - Réduction des consommations d’énergie

La stratégie énergétique qui sera mise en place repose sur trois piliers : la réduction de la consommation d'énergie, l'efficacité énergétique, l'abandon programmé du recours aux énergies non-renouvelables (fossiles et uranium). Des scénarios démontrent qu’une production de 100 % d’énergies renouvelables à l’horizon 2050 est possible. C’est le cas du scénario Négawatt pour l’ensemble du secteur énergétique et dans un système totalement indépendant, c’est-à-dire sans échange avec les autres pays. L’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie) propose également un mix 100 % renouvelable pour le secteur électrique à horizon 2050.
Ces solutions menant à une véritable transition énergétique peuvent ainsi être déployées rapidement, à l’échelle d’une génération, et à grande échelle, dès lors qu’elles sont portées par une détermination politique.
- en faisant de l’énergie un bien commun et en remettant ce secteur essentiel au service de l’intérêt général ;
- en garantissant le débat démocratique sur les choix énergétiques, en particulier par la création d’un pôle public de l’énergie basé sur la renationalisation des compagnies énergétiques (électricité, gaz, pétrole) en lien avec des coopératives locales de production et de consommation d’énergies renouvelables ;
- en s’orientant vers un mix électrique 100 % renouvelable à l’horizon 2050, sur la base d’une planification donnant la priorité aux mesures de réduction de la consommation d’énergie – remettant en cause notre modèle productiviste – et au développement des filières d’énergie renouvelable ;
- en rendant effectif le droit à l’énergie par l’accès gratuit aux usages de première nécessité.
Il est certain que le chantier de rénovation énergétique sera l'un enjeux majeurs des années futures. Et si le crédit d'impôt fait partie des moyens pour y parvenir, nous pensons d'abord et surtout à celles et ceux qui n'ont pas la choix de leur consommation énergétique ou de leurs économies d'énergie : les locataires de leurs logements, les bénéficiaires d'habitat social, les personnes qui ne payent pas l'impôt du fait de la faiblesse de leurs revenus. Et pour ces personnes, c'est à l'Etat de prendre ses responsabilités quant à la rénovation énergétique.

 

  • Thème n°3 – Croissance des énergies renouvelables

Encore une fois, l'objectif énergétique vise à une production d'énergie électrique à base de renouvelables. Cela passe bien entendu par l'abandon programmé de la filière nucléaire : arrêt des centrales actuelles en fin vie (40 ans) sans remplacement (arrêt du chantier de l'EPR). Et le remplacement passera (voir le scénario Négawatt, par exemple), par un recours plus massif à l'éolien, à la biomasse (méthanisation et méthanation), au photovoltaïque et à la géothermie profonde.
Pour ce qui concerne plus particulièrement la biomasse, les solutions existent, dès lors que l'on ne vise pas des structures de production de grande ampleur. Des expériences locales sont en cours, et leur degré de maturité ne dépend bien souvent que d'une aide financière ponctuelle. Encore une fois, il sera de la responsabilité de l'Etat de s'engager par un effort de recherche, qui sera facilité par le basculement des crédits de recherches actuels du nucléaire (Génération IV, fusion…) vers les développements concernant les énergies renouvelables. Un autre axe de recherche à développer concernera le stockage de l'énergie, pour faire face à l'intermittence.
Mentionnons que le "prix bas du gaz d'origine fossile" montre encore une fois que l'énergie est vue comme un bien marchand, qui ne prend en compte ni l'épuisement programmé des réserves, ni le réchauffement climatique. Nous sommes résolument opposés à toute financiarisation des aspects négatifs, et le retour de l'énergie dans une perspective de bien commun sera le meilleur garant de l'aide au développement des énergies "nouvelles".

 

  • Thème n°4 – Transition et dynamique sociale

Les lois actuelles (Grenelle, TECV) mentionnent la responsabilité des collectivités pour ce qui concerne l'énergie (élaboration de schéma énergétique, publication de consommations, politique de réductions de consommations, aides diverses), mais force est de constater qu'aucun principe de vérification, voire de sanction n'a été mis en place.
Il est absolument évident que dans l'approche de la Règle Verte autant que dans la perspective d'une énergie bien commun, un plus grand pouvoir sera donné aux collectivités pour développer des solutions locales adaptées aux ressources locales (vent, géothermie, biomasse) aussi bien qu'à la configuration (zones industrialisées ou agricoles, zones urbaines…). Ce pourra se faire au travers de contrats de plan énergétiques.
Quant à la reconversion, ou l'émergence de nouveaux emplois, ce ne doit pas être différent des reconversions dans n'importe quel domaine : dans la perspective de la planification écologique, ce sera également l'objet de contrats de plan avec les collectivités responsables. Il n'est pas inutile de noter à ce propos l'importance que revêt la formation professionnelle dans les propositions de la France Insoumise, alors que depuis 10 ans, ce sont 176 lycées professionnels qui ont été fermés.

Article paru dans Energie Plus 584 du 15 avril 2017

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