Expobiogaz révèle le dynamisme de la filière

Supports de conférences biogaz et méthanisation

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La septième édition d’Expobiogaz se tenait à Strasbourg les 6 et 7 juin 2018. Une majeure partie de la filière s’est retrouvée dans un contexte de forte émulsion. L’année prochaine, le salon aura lieu les 12 et 13 juin à Lille.

Les années se suivent mais ne se ressemblent pas toujours. À l’image de la filière qui était moins dynamique l’an dernier mais a retrouvé des couleurs cette année, le salon Expobiogaz – co-organisé avec le Club Biogaz de l’ATEE – a connu une meilleure édition à Strasbourg les 6 et 7 juin derniers. Plus de 3 650 participants (+11 % par rapport à l’an dernier) se pressaient dans les allées pour discuter avec environ 230 exposants. L’impulsion donnée par l’injection du biométhane, la multiplication des projets de territoire, une motivation toujours présente du monde agricole (voir Énergie Plus n°607) font en effet que la filière biogaz/méthanisation semble reprendre la voie des objectifs assignés nationalement. Mais le chemin est encore long et, lors de l’inauguration du salon, plusieurs “officiels” ont indiqué des pistes de progrès.

Ainsi de Jean-Louis Bal, président du SER qui a rappelé que son syndicat porte des objectifs plus ambitieux pour les énergies renouvelables dans la Programmation pluriannuelle de l’énergie : 41 % pour toutes les EnR en 2030 et 30 % (au lieu de 10 %) pour la part des gaz renouvelables injectés dans les réseaux. Si tout le monde reconnaît que les conclusions du groupe de travail lancé par le secrétaire d’État Sébastien Lecornu vont dans le bon sens, Jean-Louis Bal a insisté sur l’importance de structurer la filière au sein du Conseil national de l’industrie, dans un comité stratégique de filière, afin d’arriver à baisser les coûts d’investissement et d’exploitation. Au niveau local, c’est la vice-présidente Agriculture et ruralité de la région Grand-Est, Pascale Gaillot, qui a exprimé son intérêt pour la filière : la Région soutient déjà les études préalables des projets de méthanisation, et vérifie que les fonds européens sont bien utilisés ; elle réfléchit maintenant à un soutien financier plus conséquent pour la méthanisation. «C’est une source de valeur ajoutée pour les exploitations agricoles. L’impulsion ne doit pas retomber», a-t-elle fait justement valoir.

  • Création d’un centre technique

Au début du salon, le Club Biogaz de l’ATEE a tenu sa réunion plénière annuelle afin de lister les actions passées et les futures. Sans entrer dans le détail, l’année écoulée a vu de nombreuses consultations des pouvoirs publics, notamment de la Cour des comptes et du Conseil économique, social et environnemental. Elle a aussi été l’occasion d’œuvrer à quelques collaborations européennes avec l’EBA sur les échanges de garanties d’origine et dans le cadre du projet Biosurf sur le biométhane carburant. Dans l’optique de «professionnaliser la filière, tant du côté des bureaux d’études, que des constructeurs et des exploitants» comme le rappelait son président Michel Spillemaeckaer, le Club Biogaz a annoncé la création d’un Centre technique national du biogaz et de la méthanisation (CTBM). En partenariat avec plusieurs acteurs (1), il s’agit justement de répondre notamment à ce souci de professionnalisation. Parmi les objectifs affichés du CTBM : synthétiser et diffuser les connaissances, fédérer l’expertise scientifique, développer un réseau de formateurs, évaluer et qualifier les technologies. Son directeur technique est en cours de recrutement.

D’autres structures comme Biogaz Vallée participent aussi de ce mouvement de la recherche d’une meilleure performance de la filière. L’association basée dans l’Aube a en effet récemment annoncé la poursuite de son projet CertiMétha. Il s’agit d’un site semi-industriel dont l’idée a émergé en 2015 et qui a déjà bénéficié d’un soutien de la BPI dans le cadre du programme des Investissements d’avenir à hauteur de 2,2 millions d’euros, sur un coût total de presque 4,9 M€. Grâce à une première levée de fonds de 620 000 euros fin 2017 auprès de huit partenaires (2), le projet se concrétise et devrait être construit en 2019 à Chaumesnil, sur le territoire de la communauté de communes de Vendeuvres-Soulaines. Elle-même soutient d’ailleurs le projet avec l’Andra à hauteur de 250 000 euros. Le site présentera une infrastructure complète de méthanisation avec plusieurs digesteurs de 1 m3 à 400 m3, une cogénération, des silos de stockage, etc. le principe de CertiMétha est de louer cet espace pour que les entreprises souhaitant tester des innovations puissent le faire à une échelle presque industrielle. In fine, comme beaucoup de démarches de ce type (Solidia, Bio-Valo), il s’agit d’aider la filière à trouver des solutions économiquement efficaces en vue de faire baisser les coûts d’environ 30 %.

  • Certification : s’inspirer du Royaume-Uni ?

Parmi les idées pour renforcer la qualité des installations de méthanisation, le Club Biogaz de l’ATEE réfléchit au développement de labels. Celui-ci pourrait par exemple prendre la forme d’une certification volontaire de la conception/construction, à l’image de ce que l’association britannique du biogaz a fait pour l’exploitation. Jessica Allan, représentante de l’Anaerobic digestion and bioresources association (ADBA) avait justement été invitée au Salon par le Club Biogaz et a pu présenter ce qui se passe Outre-Manche. L’association, créée en 2009, regroupe désormais 400 membres et représente la filière au niveau politique et au niveau des régulateurs. Le territoire anglais compte aujourd’hui 578 installations pour une puissance électrique de 530 MW, recensés sur le site de l’ADBA (3). Les cinq dernières années ont connu une forte croissance, avec 100 nouvelles installations par an en 2014 et 2015, principalement dans le monde agricole. À cause de l’incertitude politique en 2016, le niveau est descendu à 57 nouveaux sites mais, selon Jessica Allan, une nouvelle réforme politique plus incitative en cours devrait redynamiser la filière.

Comme en France, cette dernière est incitée à améliorer sa qualité d’autant plus que quelques incidents, pas très nombreux, ont quand même marqué la population. Sur 3 ans, l’ADBA a justement recensé les problèmes les plus souvent rencontrées : mauvaise application/compréhension des règlements sur les équipements, pas assez de support des petits exploitants, manque de connaissances et de compétences, souci de qualité, faibles procédures sur le management du risque, etc. Ce recensement a permis de lancer l’idée de lancer un système de certification, afin d’améliorer la performance sur l’environnement, santé, sécurité et exploitation. «C’est aussi un moyen de renforcer la bonne image de la filière, ajoute Jessica Allan. On a donc défini un schéma de certification à partir des bonnes pratiques en juillet 2016, puis réalisé un pilote durant l’été 2017. Le système a été ouvert en décembre 2017 et le premier site certifié en janvier 2018.» La démarche, volontaire, doit passer par un certificateur indépendant. Les avantages pour les exploitants sont de profiter des retours d’experts pour s’améliorer et également de montrer aux régulateurs que les sites répondent aux meilleurs standards. Un point important quand on sait qu’au Royaume-Uni il y a plusieurs régulateurs selon les zones du pays ! Autre avantage constaté pour le premier site certifié : son assureur lui a accordé une réduction de 10 % sur l’assurance.

Voilà peut-être une source d’inspiration pour la filière biogaz française. Enfin, on retiendra du salon Expobiogaz les résultats des Trophées de l’innovation : la plateforme de financement participatif Enerfip en a été le lauréat, ainsi félicitée pour sa capacité à mobiliser l’épargne citoyenne pour les projets d’énergies renouvelables. Et un coup de cœur du jury a été attribué à CH4 Process, société d’ingénierie créée en 2015, pour la réalisation – suite à des demandes constatées sur le terrain – d’un compresseur adapté aux faibles débits, avec le constructeur Mattei. Pour la filière biogaz en ce moment, c’est sûr, l’inventivité est au pouvoir !

 

(1) Agroparistech, ENSAIA-Université de Lorraine, INRA, INSA, IRSTEA, Unilasalle, Université Clermont Auvergne, Université technologique Compiègne, ainsi que les Critt GPTE, INRA Transfert Environnement, INRA LBE et EcoSys, IRSTEA OPAALE, LISBP, INSA-DEEP INSAVALOR, Institut Carnot 3BCar, Bio2E, APESA, SOLAGRO, GIS Solimetha, Bioressouces Lab, Solidia, Iferm, BIO-VALO, CertiMétha
(2) Evergaz, K-Révert, Biogaz Vallée, Decoval Servipack, Caisse d’épargne Lorraine Champagne-Ardenne, Innolab, Carakters et BioEnTech
(3) Voir sur http://adbioresources.org/about-ad/ad-map. À noter que l’ADBA organise un congrès mondial du biogaz à Birmingham les 11 et 12 juillet 2018 : www.biogastradeshow.com/

 

Article paru dans Energie Plus 609 du 1er juillet 2018

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