Réseaux de chaleur : une croissance ne pente douce

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La croissance des réseaux de chaleur et de froid continue sur le territoire, mais demeure un peu deçà du rythme qui devrait être le sien pour atteindre les objectifs fixés en 2020. La faute notamment à l’absence d’une contribution carbone dans un contexte de prix des énergies fossiles défiant toute concurrence.

Les réseaux de chaleur et de froid ont poursuivi leur développement tout au long de l’année 2015, même si cette dynamique reste insuffisante pour atteindre les objectifs fixés par la loi de transition énergétique en 2020. La Fedene et le SNCU (Syndicat national du chauffage urbain) présentaient le 6 décembre dernier les résultats de l’enquête nationale sur les réseaux de chaleur : 22 769 GWh d’énergie thermique ont été délivrés en 2015 (contre 20 485 GWh en 214), soit 2,27 millions d’équivalents logements (contre 2,13 en 2014)*. Il s’agit pour 57 % d’entre eux de réseaux desservant des bâtiments résidentiels.

L’enquête a vu cette année 97 réseaux de chaleur y répondant pour la 1re fois, sur un total de 607 participants, dont 161 réseaux ont une puissance installée inférieure à 3,5 MW. «La progression de la participation cette année est particulièrement liée à un grand travail de balayage et de regroupement des bases de données qui nous a permis d’être plus exhaustifs et d’intégrer un certain nombre de petits réseaux qui historiquement ne figuraient pas dans l’enquête», explique Thierry Franck de Préaumont, président du SNCU. Ce maillage plus fin sur le plan de l’analyse statistique ne change ne modifie pas l’observation d’une tendance au développement croissant des réseaux de chaleur, qu’il s’agisse de la création de réseaux de quartiers et de réseaux métropolitains, ou d’extensions, densifications et interconnexions des réseaux existants. «Le Fonds chaleur est bien sûr un facteur d’accélération. On constate également que l’existence des schémas directeurs énergétiques permet de mieux organiser la compétence énergie au sein des métropoles et des grandes villes», commente Thierry Franck de Préaumont.

La part des énergies renouvelables et de récupération (EnR&R) alimentant les réseaux a aussi progressé. Elles en représentent 50 % pour la deuxième année consécutive (corrigé de la rigueur climatique, ce taux en 2015 est porté à 47 %, contre 44 % en 2014). En tête des EnR&R mobilisées par les réseaux de chaleur se trouvent les UVE (7 961 GWh d’énergie produite en 2015), et la biomasse (5 365 GWh). Et quand bien même le gaz naturel reste une source prioritaire, puisqu’il a représenté 11 763 GWh d’énergie produite, Thierry Franck de Préaumont attire l’attention sur l’intérêt de la cogénération lorsqu’elle est adossée à un réseau : «Les cogénérations sont vertueuses, puisqu’elles permettent de récupérer et d’injecter l’énergie qui a été nécessaire à la production de l’électricité dans un réseau de chaleur. Leur efficacité énergétique est sans commune mesure avec la production directe d’énergie électrique à partir d’énergie fossile. Dans toute l’Europe, les cogénérations alimentant des réseaux de chaleur sont soutenues à ce titre-là, sauf en France.»

La pente sur laquelle se trouvent les réseaux de chaleur est effectivement ascendante, mais insuffisamment forte : «Nous atteignons un niveau de livraison de chaleur renouvelable et de récupération proche d’un million de tep en 2015 (NDLR : 0,96 Mtep), mais c’est peu si on vise 1,5 Mtep en 2020», note Messaoud Benfaid, premier vice-président de la Fedene. La prise de décision de raccordements aux réseaux de chaleur est victime d’une inertie liée «d’une part aux prix très bas du gaz et du pétrole, d’autre part à l’absence d’une contribution carbone significative, qui permettrait de rééquilibrer les conditions de marché». La Fedene et le SNCU plaident en faveur de la mise en place d’une telle contribution, mais aussi pour le recours aux avances remboursables : «Ce mécanisme serait un bon moyen d’accélérer la densification des réseaux de chaleur, et de passer cette phase intermédiaire de décalage des prix entrainée par l’aléa du coût des fossiles», approuve Messaoud Benfaid. L’expansion des réseaux de chaleur doit d’autant plus être incitée dans le cadre d’une approche territoriale de l’énergie de plus en plus encouragée. «Le vecteur de cette approche, ce sont les réseaux de chaleur, confirme Thierry Franck de Préaumont. Ils permettent de mobiliser les économies locales, tant en termes de ressources et d’investissements que de créations d’emploi, et eux seuls permettent une approche dynamique des enjeux que sont la qualité de l’air et la santé collective.»

Pour en savoir plus : www.fedene.fr et www.sncu.fr 

* Ces données ont été corrigées des variations climatiques.
 

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