RTE et l’Ademe évaluent l’effet du prix du CO2 en Europe

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Les réflexions continuent sur la généralisation d’un prix du carbone plus élevé que ce que le marché actuel des quotas de CO2 permet d’atteindre (tout juste 5 € la tonne de CO2), avec une nouvelle étude conjointe de RTE et de l’Ademe. Elle porte sur l’impact du signal prix du CO2 sur les émissions du système électrique en Europe, sur ses coûts de production  et sur l’évolution de sa structure. Après une explication du mécanisme des quotas de CO2 et des initiatives européennes pour pallier la faiblesse du prix du CO2, le rapport de cette étude rappelle le rôle des installations thermique dans la gestion de l’équilibre offre-demande : un point important pour comprendre l’actuel intérêt pour les centrales au charbon. De fait, ces centrales émettant plus de carbone que les centrales gaz (CCG), le prix du CO2 impacte plus leur compétitivité. Selon les technologies et les rendements des centrales, et selon les prix des combustibles, l’impact de ce signal prix est différent. Ainsi, le rapport estime qu’une CCG à rendement élevé devient compétitive par rapport à une centrale charbon dès 22 €/tCO2 si celle-ci a un faible rendement mais à partir de 50 €/tCO2 si elle a un rendement élevé.

L’étude indique ensuite les impacts à court terme d’un prix du CO2 à 30 €/t puis 50 €/t et 100 €/t. Les prix des combustibles (6,7 €/Mbtu de gaz et 83 $/t de charbon) et du CO2 sont supposés harmonisés dans l’Europe de l’Ouest (13 pays). A 30 €/tCO2, seules les CCG les plus efficaces deviennent plus compétitives que les centrales charbon les moins efficaces ; mais à 100 €/tCO2, le gaz surclasse le charbon dans tous les cas. Mécaniquement, plus le CO2 a de valeur, plus les CCG prennent une part importante dans la production électrique : d’à peine un tiers des 850 TWh produit à 7 €/t, elles passent à la moitié à 30 €/t et à 80 % à 100 €/t. Autre conséquence : les émissions de CO2 baissent de manière significative. L’étude fait une analyse de sensibilité à plusieurs hypothèses de prix des combustibles mais en moyenne, la réduction des émissions atteint 15 % dès 30 €/tCO2, 25 % à 50 €/tCO2 et 30 % à 70 €/tCO2.

Au-delà, le rapport recommande de la vigilance sur les effets pesant sur les coûts variables de production et sur le prix de marché qui se répercuteraient sur le prix final payé par les consommateurs. Il pointe surtout l’avantage concurrentiel que donnerait un prix élevé du CO2 pour les énergies renouvelables, tout en améliorant la rentabilité des moyens de flexibilité et de stockage.

Cette étude arrive à point nommé alors que la ministre de l’Environnement Ségolène Royal a missionné trois experts (Gérard Mestrallet, Alain Grandjean, Pascal Canfin) pour lui remettre un rapport sur la question d’ici l’été, et que le professeur d’économie Christian de Perthuis a publié un article ouvrant l’idée d’un droit d’accise universel qui taxerait le carbone à son extraction, couplé à un bonus-malus calculé à l’échelle des pays en fonction de leurs émissions par rapport à la moyenne mondiale. Comme la moyenne mondiale des émissions est de 6 à 7 tonnes de C02 par habitant, seules l’Amérique latine, l’Asie du sud et l’Afrique sont en-dessous, ce qui conduirait tous les autres à se retrouver en malus. L’analyse par pays, voire par tranche de revenus des populations, incite à la finesse comme l’ont montré Thomas Piketty et Lucas Chancel dans de précédents travaux.

 

 

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