Énergie et climat : la filière biogaz est en quête de perfection

Supports de conférences biogaz et méthanisation

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Le Club biogaz de l’ATEE organisait, le 5 décembre dernier, avec le soutien de l’Ademe un deuxième colloque axé sur la démarche qualité de la filière. ICPE, garanties de performance dans les contrats des unités de méthanisation, financements, mais aussi formation des professionnels ont été évoqués lors de cette journée.

En France, la filière biogaz reste jeune et cherche à mieux se structurer. À l’occasion de la refonte partielle de la nomenclature ICPE pour les unités de méthanisation (extension à 100 tonnes/jour des régimes de l’autorisation, révision du régime de l’enregistrement), de la parution à venir d’un ensemble de fiches techniques de l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris), des acteurs de la filière ont discuté de ses conditions de réussite. Cela passe par une amélioration des pratiques du secteur, par des réflexions plus poussées avant de lancer un projet et par une meilleure formation des professionnels. L’étape du financement est primordiale. Lors du montage du dossier «il est important de comprendre que les risques doivent être identifiés, maîtrisés ou quantifiés», expose Nicolas Mallein, d’Unica conseil. Pour aider les porteurs de projets, il a mis en place une matrice d’analyse des risques, qui sera disponible prochainement sur le site du club Biogaz.

  • Respecter la réglementation

L’Ineris a visité une vingtaine d’unités de méthanisation entre 2014 et 2016, principalement dans des exploitations agricoles. Ces visites ont donné lieu à des recommandations pour améliorer la qualité des équipements. Et il semble y avoir encore du travail. L’institut a constaté que la profession ne prend pas forcément en compte les prescriptions réglementaires de prévention et de protection vis-à-vis des scénarios accidentels et d’impacts environnementaux.

Autre sujet à améliorer : l’application de la directive Machine 2006/42/CE. L’objectif serait d’accroître le niveau d’adaptation et de sécurité des matériels par rapport aux approvisionnements multi-intrants des unités de méthanisation française. En effet, ces intrants de viscosités élevées (paille, fumier) peuvent générer des frottements nécessitant d’adapter les équipements conçus pour d’autres marchés en Europe, comme en Allemagne où des cultures énergétiques homogènes sont utilisées. Sans cette nécessaire adaptation aux particularités du marché hexagonal, des défaillances matérielles sont possibles, entraînant des baisses de rentabilité et une hausse des coûts d’exploitation. Enfin, l’Ineris propose de faire réaliser par un tiers un audit de conformité des prescriptions réglementaires au moment de la réception de l’installation en présence du constructeur et de l’exploitant. 

À partir des données collectées, l’organisme a rédigé dix fiches techniques qui seront rendues publiques prochainement. Autre problème constaté sur les exploitations, le rejet de gaz en fonctionnement dégradé. Certains sites ne sont pas équipés de torchère, d’autres utilisent des équipements dysfonctionnels. Certains matériels fabriqués à l’étranger ne sont pas adaptés à la réglementation ICPE. C’est le constat fait par Loïc Vergne, ingénieur environnement industriel, déchets et risques chez Impact et environnement. Il émet une autre suggestion : alors que les digesteurs, les stockages de digestats et de substrats doivent en principe respecter un éloignement de 50 m des habitations «nous recommandons plutôt une distance minimum de 200 m selon le projet», explique-t-il. Outre les problèmes concernant la sécurité et l’environnement, le colloque a pointé quelques difficultés dans la répartition des rôles et des responsabilités dans les contrats en méthanisation. Une répartition souvent peu lisible… Pour y remédier, deux types de contrats se dégagent : dans le contrat “clef en main”, le constructeur maître d’œuvre endosse la responsabilité complète de la conception et de la construction jusqu’à l’atteinte de la puissance nominale. Un ou des contrats de fourniture adossés à un contrat de performance sont aussi envisageables.

  • Importance de la formation

Les difficultés rencontrées par les exploitants et les manquements à la réglementation qui peuvent en découler sont souvent dues à un manque de formation. Si des enseignements existent, ils sont souvent assez courts et menés par des acteurs très différents, sans réelle unité. En Bretagne, l’Association d’initiatives locales pour l’énergie et l’environnement (Aile) forme pendant six jours et demi des agriculteurs en fin de démarches administratives, en cours de chantier ou en début d’exploitation. Ces cours traitent de gestion administrative et économique, de biologie, de la gestion des digestats, mais aussi de maintenance et de prévention des risques.

De son côté, certaines Chambres d’agriculture proposent leurs propres programmes de formation et d’accompagnement des porteurs de projets. Des entreprises enseignent aussi la méthanisation à leurs employés. Envitec, qui a construit et qui exploite 65 MW de capacité, choisit des profils issus du traitement des eaux puis complète leur connaissance par des cours en interne. Enfin, l’enseignement supérieur propose un cursus dédié au biogaz. Un DU méthanisation existe à l’université de Lorraine. Il s’étale sur douze semaines de cours puis dix-sept semaines en entreprise, soit 336 heures d’enseignement. Mais si les formations se multiplient individuellement, il manque toujours un véritable certificat professionnel d’exploitant de méthanisation, la filière n’ayant pas atteint la taille critique nécessaire. C’est l’objectif à terme de la profession. Des exploitants mieux formés, c’est aussi des unités mieux gérées et une filière plus crédible, notamment pour les financeurs.

Article paru dans Energie Plus 598 du 15 janvier 2018


 

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